Autour des compositrices

Petit parcours chronologique pour découvrir quelques-unes des principales compositrices.

Si nous trouvons souvent mention de femmes musiciennes, chanteuses, danseuses, dans les textes grecs anciens, Sappho est sans doute la seule grande figure créatrice féminine dont il reste des traces. Cette grande poétesse et musicienne a vécu dans la ville de Mytilène vers 600 avant notre ère. Son oeuvre est toujours d’actualité pour ce qui est de l’expression des émotions les plus intimes, et en particulier de la gamme subtile des sentiments qui se déploie entre la passion amoureuse et le désamour. Sappho semble avoir occupé un rôle éminent, elle apparaît à la fois comme poétesse et chorège, et son œuvre s'inscrit dans l'espace des représentations publiques, au lieu d’être reléguée dans la célèbre « demeure des servantes des Muses ».

Découvrir en musique : Hymne nuptial

Née entre 805 et 810 à Constantinople dans une famille riche, Kassia (ou Cassienne de Constantinople) est un des premiers compositeurs du Moyen-Âge dont les partitions ont été conservées et qui peuvent être interprétées par des musiciens modernes. Elle passe pour avoir été exceptionnellement belle et intelligente, et brillamment éduquée. On conserve d’elle une cinquantaine de ses hymnes et 23 font partie des livres liturgiques de l'Église orthodoxe. Le nombre exact est difficile à donner car plusieurs hymnes sont attribués à plusieurs auteurs ou sont anonymes. Elle meurt vers 865.

Découvrir en musique : Avgoustou Monarchisantos

Abbesse rhénane, mystique, guérisseuse, naturaliste, écrivaine et compositrice, Hildegaard von Bingen (1098-1179) est une figure majeure du Moyen-Age. À huit ans, suite à la manifestation de phénomènes mystiques, la petite Hildegaard est confiée par ses parents nobles au couvent des bénédictins voisin du domaine familial. Trente ans plus tard, en 1136, elle parvient à fonder et diriger la construction d'un couvent indépendant à Rupertsberg. C’est une femme influente, renommée pour ses visions mystiques (on la surnomme la "Sibylle du Rhin"), qui entretient des relations avec nombre de personnalités importantes de son époque. Elle était versée dans la médecine des plantes et son ouvrage "Materia Medica" reste toujours de référence.

Entre 1151 et 1158, Hildegaard écrit et compile ses compositions musicales destinées à être chantées par les sœurs du couvent lors de cérémonies ou autres occasions. Elle a notamment composé plus de soixante-dix chants monodiques liturgiques, hymnes et séquences mélismatiques. L'ensemble de ces chants forme la collection intitulée “Symphonie de l'harmonie des révélations célestes”, un titre qui indique qu'elles sont d'inspiration divine et que la musique est la forme la plus élevée de toute activité humaine. Elle compose également un drame liturgique intitulé Ordo virtutum (Le jeu des vertus), qui comporte quatre-vingt-deux mélodies mettant en scène les tiraillements de l'âme entre le démon et les vertus.

Découvrir en musique : Caritas abundat in omnia

Né au cœur de la noblesse occitane, le mouvement troubadour se répand en Italie, en Espagne, dans le nord de la France. Les troubadours deviennent des acteurs importants de la vie sociale et culturelle, à tel point qu’ils restent de nos jours une figure incontournable du Moyen Âge. Parmi eux, des femmes. L’histoire se souvient du nom de vingt-trois trobairitz, ou troubadouresses, qui écrivent, composent et interprètent. Elles sont considérées comme les premières femmes occidentales à écrire de la musique profane. Issues de la noblesse, elles chantent également sur l’amour, les grandes épopées, parfois des sujets politiques.

La seule dont on ait conservé un air musical écrit est la comtesse Béatrice de Die (v.1160-1212) ou Beatritz de Dia. Originaire de la Drôme, était l’épouse de Guillaume de Poitiers. C’était une belle et noble femme. Elle aurait éprouvé un amour passionné pour Raimbaut d’Orange pour qui elle écrira un grand nombre de chansons. Le caractère sensuel de certains vers contraste avec la réserve habituelle des textes de l'époque. Malgré les recherches des musicologues, c’est à peu près la seule chose que l’on sait de cette comtesse. Il n’y a pas de documents irréfutables, le personnage reste enrobé de mystère. Il subsiste seulement quelques poèmes dont un seul accompagné de musique.

"A chantar m’er de so q’ieu no volria, tant me rancur de lui cui sui amia…"
"Il me faut chanter ici ce que je ne voulais point chanter car j’ai fort à me plaindre de celui dont je suis l’amie…" 
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Après la longue période de la polyphonie - technique complexe dont l'apprentissage est inaccessible aux femmes -, Maddalena Casulana (1540-1583) est la toute première à se proclamer compositrice. Chanteuse renommée, elle donne des concerts à Florence, Vérone, Milan et Venise, mais aussi à Munich, Innsbruck et Vienne et s'accompagne elle-même au luth. Les musiciennes italiennes voyagent : elles se retrouvent à Vienne et Paris,  et fréquentent les cercles toujours très fermés des musiciennes et compositrices, dont on ne garde pratiquement pas de traces. Elle compose des madrigaux qu'elle dédie à des personnages de haut rang, suivant l'usage à l'époque. La dédicace à Isabelle de Médicis de son premier livre de madrigaux contient cette déclaration :
« [Je] veux montrer au monde, autant que je le peux dans cette profession de musicienne, l'erreur que commettent les hommes en pensant qu'eux seuls possèdent les dons d'intelligence et que de tels dons ne sont jamais donnés aux femmes. »
Elle est aussi la première femme à voir ses oeuvres publiées et imprimées (à Venise en 1566), et ses compositions seront estimées par ses confrères, notamment par Roland de Lassus (1532-1594).

Découvrir en musique : Madrigaux

Fille d’un compositeur florentin estimé, Giulio Caccini, Francesca Caccini (v.1581-v.1640) reçoit très tôt une éducation musicale de très haut niveau et devient cantatrice, claveciniste, luthiste et compositrice. Chanteuse d'opéra, elle se produit à la cour des Médicis à Florence et à celle d'Henri IV à Paris. De retour à la cour de Florence, elle compose des pièces de divertissement et un opéra-ballet "La liberazione di Ruggiero dall'isola d'Alcina", créé en 1625 (commande de la grande duchesse de Toscane Marie-Madeleine d'Autriche). Elle est reconnue première femme dans l'histoire de la musique à avoir écrit un opéra - qui plus est, le premier à ne pas relater un sujet antique. Publié en 1618, son "Primo Libro" représente la collection la plus importante de chansons composée par une femme et publiée.

Barbara Strozzi (1619-1677?) est la fille adoptive (et probablement la fille illégitime) du poète Giulio Strozzi, un auteur de livrets d'opéra. Giulio Strozzi est très influent dans les cercles littéraires et musicaux, il prodigue une éducation littéraire et musicale à sa fille et encourage sa carrière musicale. Barbara étudie la composition auprès de Francesco Cavalli qui l'influence de façon durable, et participe activement aux réunions littéraires et musicales des académies de Venise. Son oeuvre est entièrement dédiée à la musique vocale, profane (madrigaux, cantates, ariettes) et sacrée, souvent écrite sur un livret de son père. Entre 1644 et 1664, elle publie à Venise 125 pièces en huit volumes de pièces vocales à une ou plusieurs voix, accompagnés par le continuo ou par un petit ensemble instrumental.

Découvrir en musique : Cantate "Sino alla morte"

Claveciniste et improvisatrice virtuose, Elisabeth Jacquet de La Guerre (1665-1729) est probablement la compositrice la plus célèbre de l’Ancien Régime. Pionnière dans le domaine, elle intègre dans son écriture les différentes influences de son temps, au-delà du clivage entre esthétiques italienne et française. C’est une enfant prodige, elle se produit devant le roi Louis XIV à l'âge de cinq ans et intègre la cour à dix-sept ans sous la protection de sa favorite Madame de Montespan. Elle s'essaie à tous les genres musicaux : musique religieuse, opéras, opéras-ballets, cantates, pièces de tradition française et nouveautés italiennes. Toute sa vie, Elisabeth Jacquet de La Guerre va oeuvrer pour faire jouer sa musique dans les plus hautes sphères musicales de son époque, passant outre les entraves liées à son statut de femme. Malgré son engagement auprès de Louis XIV, elle ne pourra jamais accéder au poste de musicien officiel à la Cour, mais conservera toujours le respect de ses pairs comme celui du Roi.

Découvrir en musique : Sonate n°1 pour violon, clavecin et basse continue

Née à Venise dans une famille noble appauvie, Maddalena Lombardini (1745-1818), commence ses études musicales dans une institution caritative vénitienne, l'Ospedale dei Mendicanti. Aussi talentueuse qu'ambitieuse, elle développe une brillante carrière comme violoniste concertiste et cantatrice, et devient particulièrement célèbre pour ses compositions, reçues avec enthousiasme notamment à Paris (1768) ou Londres (1771). En 1778, Leopold Mozart mentionne dans une lettre adressée à sa femme et à son fils Wolfgang avoir écouté un de ses « concerto magnifiquement composé ». Ses oeuvres pour ensemble à cordes sont remarquables, en particulier dans le traitement des voix intermédiaires.

Découvrir en musique : Concerto pour violon n°5

La toute première femme professeure au Conservatoire de Musique de Paris est Hélène de Montgeroult (1764-1836), pianiste et improvisatrice exceptionnelle. Marquise par mariage, on dit qu’elle sauva sa tête devant le redouté Comité de salut public en improvisant d’éblouissantes variations sur La Marseillaise. Toujours est-il qu’elle devient en 1795 la première femme professeur de première classe chargée de la classe de piano hommes. Au cours des années du Consulat et l'Empire, Hélène poursuit la composition et la publication de son œuvre pour clavier. Sa personnalité inspire à Madame de Staël son roman Corinne (1807), qui aborde le droit de la femme à vivre en être indépendant et à exister en tant que créatrice. Elle conçoit et publie un Cours complet pour l'enseignement du fortepiano comprenant 114 études. Cet ouvrage aura un impact non négligeable sur de grands noms de la musique de la génération suivante, tels que Marmontel (professeur notamment de Bizet ou Debussy, qui la cite) et Thalberg (qui “emprunte” mais ne la cite pas). Outre la composition, la marquise continue de partager son art dans son Salon où elle réunit ses amis et les plus brillants musiciens de son temps (Kreutzer, Viotti, Cherubini, Baillot,...). Jean-Marc Warsawski estime qu'il s'agit d'une “personnalité hors du commun qui appartient déjà au romantisme tant par sa redécouverte de l'œuvre de Bach, en précédant ainsi la génération incarnée par Schumann, Chopin, Mendelssohn et Liszt que par l'aspect visionnaire de sa conception du piano, fondée sur le modèle du chant, et de ses compositions”.

Tout comme son frère Félix, Fanny Mendelssohn (1805-1847) reçoit un enseignement musical de premier ordre. Alors que Fanny se révèle très douée, elle rencontre l'opposition de son père pour se lancer dans une carrière de musicienne professionnelle. Elle compose alors en secret quelques lieder que son frère édite à son nom. Elle sera également conseillère musicale de Félix. Paradoxalement, ce musicien si entreprenant et ouvert vers la musique de son temps, s'oppose à ce que l’oeuvre de sa soeur soit publié. Fanny compose environ 400 opus : lieder, duos et quatuors pour voix et piano, pièces pour piano, oeuvres pour choeur a capella, cantates, un oratorio, une ouverture pour orchestre, des oeuvres pour orgue… dont l’essentiel sera édité à titre posthume.

En 1829, Fanny épouse le peintre Wilhelm Hensel qui l'encourage à créer. Ses "Concerts du dimanche" sont fréquentés par des personnalités du monde artistique tels Franz Liszt, Heinrich Heine ou Clara Schumann.

Découvrir en musique : Ouverture en Ut Majeur

Clara Schumann (1819-1896) est la fille de Friedrich Wieck, célèbre professeur de piano dont Robert Schumann sera l’élève. Elle reçoit une éducation musicale très complète, incluant le chant, le contrepoint, l’harmonie et la composition, et donne son premier récital au Gewandhaus de Leipzig à 11 ans. L'année suivante, elle entreprend une tournée à travers l'Europe durant laquelle elle est acclamée par l'Empereur d'Autriche, Goethe, Berlioz, Mendelssohn, Liszt et Chopin. Clara est l'une des premières pianistes à avoir interprété et par là-même diffusé ses oeuvres, publiées dès 1830.

En 1840, elle épouse Robert Schumann, au terme d'une attente longue de trois ans provoquée par l'opposition de son père qui craint que cette union mette un terme à la carrière de sa fille. Le mariage entraîne d’ailleurs d'immenses difficultés pour la double carrière de Clara. Robert a besoin, pour composer, de la tranquillité la plus absolue et Clara, en outre, met au monde huit enfants entre 1841 et 1854. En 1854, la santé mentale de Robert décline brutalement, il meurt à l'asile d'Endenich en 1856. Clara reprend une vie de concertiste et tourne, particulièrement en Angleterre, avec le violoniste Joseph Joachim, interprétant les oeuvres de son mari et de son fidèle ami Johannes Brahms. Ses lettres et son journal se font écho du désir d’écrire; Felix Mendelssohn l‘encourage  à composer (ô, paradoxe!). Sa production compte une quarantaine d'oeuvres dont vingt et une sont publiées. À côté de la musique pour piano seul, figurent un concerto pour piano op.7, de la musique de chambre et trois recueils de lieder. Il reste à noter que Robert Schumann a "emprunté" pour son propre usage plusieurs des motifs de Clara ainsi que trois lieder de son opus 12.

Découvrir en musique : Trio avec piano op.17 - Andante

Pianiste virtuose, Louise Farrenc (1804-1875) commence par écrire pour son instrument puis, à partir de 1834, diversifie son répertoire. Dès 1835, on remarque sa musique de chambre et ses oeuvres symphoniques - dont deux sont jouées par la Société des Concerts du Conservatoire, le meilleur orchestre du temps. Farrenc sera aussi professeur de piano au Conservatoire de Paris de 1842 à 1872 et autrice de nombreuses compositions pour le piano. Son mari, Aristide Farrenc, flûtiste et compositeur, est un fervent admirateur des dons de son épouse. Il devient son impresario et la soutient également pour éditer sa musique.

Découvrir en musique : Symphonie n°3

 

Dans le dernier quart du siècle, la Société nationale de musique - grande institution de la création contemporaine d’alors - compte une douzaine de compositrices parmi ses membres. Parmi celles-ci, la passionaria Augusta Holmès (1847-1903), filleule d'Alfred de Vigny. Elle est d’origine irlandaise et gagne les milieux parisiens vers 1870, où elle se distingue par la ferveur qu'elle porte à la musique de Wagner, fait une forte impression et devient rapidement une célébrité. Pougin la décrit comme “une jeune femme d'une beauté rayonnante, à l'opulente chevelure blonde, au regard clair, perçant et assuré, à l'allure fière et décidée”. Elle fait l'admiration de Liszt, Wagner, Gounod et Saint-Saëns dont elle repousse une demande en mariage tout en liant avec lui une amitié durable. Elle écrit notamment des symphonies dramatiques et atteint la consécration en 1889 avec "L'Ode Triomphale" composée pour l’Exposition Universelle à Paris.

Découvrir en musique : La Nuit et l'amour - interlude symphonique

Cécile Chaminade (1861-1944), dont les dons musicaux ont été révélés et encouragés par Georges Bizet, mène très tôt une double carrière de pianiste concertiste et de compositrice à succès. Parmi ses premières compositions publiées figurent deux Trios pour violon, violoncelle et piano, le Concertstück opus 40, une Symphonie lyrique “Les Amazones”, deux Suites d'orchestre et un ballet, Callirhoé. A l’exception du Concertino pour flûte et orchestre commandé pour le concours du Conservatoire (1902), Cécile Chaminade n’écrira plus après 1888 que de “petites formes” de salon : 200 pièces pour piano de style romantique et environ 150 mélodies. A défaut d’être novatrice, l’écriture de Chaminade est aisée et mélodique, de “bon goût” pourrait-on dire.

Découvrir en musique : Concertino pour flûte

Marie Jaëll (1846-1925), à qui Liszt écrivait “un nom d’homme sur votre musique et elle serait sur tous les pianos!”, fait également partie des membres de la SNM. L’alsacienne Marie se fait connaître comme pianiste prodige dès ses 10 ans. Formée en Allemagne puis à Paris, elle épouse à 20 ans le pianiste de réputation européenne Alfred Jaëll et continue avec lui des tournées internationales. Amie de Liszt, elle fera beaucoup pour la notoriété de l'oeuvre de celui-ci en France.

Autrice de nombreuses pièces pour son instrument, Marie Jaëll écrit également plusieurs ouvrages pédagogiques très novateurs. Sa méthode “Le toucher”, toujours pratiquée, s’appuie sur la neuro-psychologie.

Mel Bonis (1858-1937) est la première compositrice de renom issue d'un milieu populaire. Condisciple de Debussy et Pierné au Conservatoire de Paris, elle écrit environ 300 oeuvres (pièces pour piano, musique de chambre, pages vocales). Elle aura une reconnaissance institutionnelle en devenant secrétaire de la Société nationale de musique.

Sa musique, de style post-romantique, est bien inscrite dans son époque. Elle est très variée, avec des dépaysements impressionnistes ou orientalistes, toujours bien écrite et d’une grande sensibilité.

Découvrir en musique : Scènes de la forêt - Nocturne

Alma Schindler (1879-1964) est la fille du plus grand peintre-paysagiste de la monarchie autrichienne, Emil Schindler, et toute jeune, elle est adulée par les artistes les plus célèbres de son temps : Gustav Klimt, Oskar Kokoschka, Arnold Schoenberg et Alban Berg. À neuf ans, elle commence à composer et son talent est encouragé par Alexander Zemlinsky. Elle est fascinée par Gustav Mahler, qu’elle épouse en 1902. Il lui enjoint de cesser de créer et en 1910 Alma découvre qu’il s'est approprié des lieder qu'elle a composés avant son mariage - il les a publiés sous son nom. Elle fait allusion, dès 1903, à ses "nombreux lieder, à sa sonate pour piano" mais il ne nous reste plus d'elle que quatorze lieder, sa correspondance avec Gustav Mahler et une autobiographie (1960) notoirement biaisée.

Découvrir en musique : Cinq Lieder

Née d’un père militaire anglais et d’une mère française, Ethel Smyth (1858-1944)  décide dès 12 ans de devenir compositrice et quitte le foyer familial à 19 ans pour étudier la musique à Leipzig. Elle y rencontre Johannes Brahms, Clara Schumann et Piotr Ilitch Tchaïkovski, qui l'encourage à suivre sa voie et qui écrit à son propos, dans ses Mémoires : « Mademoiselle Smyth est l’une des quelques compositrices qui comptent parmi les personnes qui travaillent dans le domaine de la musique… Elle a composé plusieurs œuvres intéressantes, dont j’ai entendu la meilleure, une sonate pour violon, extrêmement bien jouée par la compositrice elle-même. Elle a donné la promesse pour l’avenir d’une sérieuse et talentueuse carrière. »

De retour en Angleterre en 1890, sa carrière sera ponctuée de nombreux succès, notamment entre 1893 et 1910. Le chef Thomas Beecham sera un grand défenseur de son oeuvre. Ethel Smyth s'engage dès 1910 dans le mouvement des suffragettes. En 1911, elle écrit The March of the Women (La Marche des femmes), qui devient l'hymne du mouvement.

Découvrir en musique : On the Cliffs of Cornwall

Le talent musical de Lili Boulanger (1893-1918) se manifeste très tôt. "Dès sa petite enfance la musique l’habite, écrira Nadia. A deux ans et demi elle chante ; à six ans elle déchiffre à longueur de journée. Gabriel Fauré vient souvent lui faire lire ses mélodies et s’émerveille des dons de l’enfant. Jusqu’à sa seizième année, elle se promène à travers la musique, fait tantôt un peu d’harmonie, tantôt improvise, note des thèmes, esquisse des œuvres, travaille le violon, le piano, le violoncelle, sans se décider à rien".
Sa soeur aînée Nadia lui enseigne l’harmonie et le contrepoint. Lili est de santé fragile, gravement gaie, travaille avec une volonté irréductible, et compose bientôt avec génie, à Gargenville dans "ses" Maisonnettes qu’elle aime tant.
Elle étudie au Conservatoire avec Paul Vidal, ancien ami de Claude Debussy et de Franz Liszt, et remporte à 19 ans, avec sa cantate "Faust et Hélène", le premier grand prix de Rome de composition musicale, décerné pour la première fois à une femme.
Cette précocité fulgurante, marquée par la maladie qui devait l’emporter, s’achève le 15 mars 1918, par un chef-d’œuvre ultime, Pie Jesu, dicté sur son lit de mort à Nadia, qui entretiendra avec fidélité sa mémoire et son œuvre.

Découvrir en musique : D'un matin de printemps

En 1917, Erik Satie est impressionné par la pièce pour deux pianos d’une certaine Germaine Tailleferre (1892-1983), Jeux de plein air, et la déclare être sa « sœur en musique ». Il l'invite à rencontrer le groupe les « Nouveaux jeunes », mouvement des musiciens « des fausses notes », qui se réclame aussi de Claude Debussy, mais dont l'animateur se révélera être Jean Cocteau. En 1920, elle prend part à l'œuvre collective du « Groupe des Six », le ballet « Les mariés de la Tour Eiffel », qui marque symboliquement la fin de l'expérience esthétique collective des « Six ». Femme de tempérament, elle se mariera et divorcera deux fois (en 1939 et 1955) et jamais elle n’arrêtera de composer. On a longtemps considéré que son œuvre se réduit à une série de pièces charmantes pour le piano mais une production importante et variée jalonne toute sa vie. Son écriture claire, ses rythmes affirmés et ses mélodies d’allure populaire, donnent à sa musique un charme particulier qui la rattache plus à Gabriel Fauré et Darius Milhaud qu’à Arthur Honegger ou Igor Stravinsky.

Découvrir en musique : Petite Suite 

Après des études musicales à Kazan, où elle aborde le piano et la composition, c’est au Conservatoire de Moscou que Sofia Goubaïdoulina (née en 1932) poursuit son apprentissage auprès de Nicolai Peiko et Vissarion Chebaline, dès l’année qui suit la mort de Staline. Peu encline à composer de la musique officielle, fût-ce pour lui permettre de vivre, la compositrice s’adonne à la musique de films, dont le contrôle échappe à l’intransigeante Union des compositeurs, tout en continuant à développer secrètement une écriture plus personnelle. Un moyen pour elle de subsister, et l’occasion d’éprouver éventuellement quelques-unes des trouvailles d’une personnalité trop originale pour être tolérée.

Longtemps ignorée en Russie où la plupart de ses œuvres restent dans les tiroirs, Sofia Goubaïdoulina commence à se faire connaître au-delà du Rideau de fer dans les années 1970, jusqu’à la création de son concerto pour violon Offertorium (1981) qui, en raison de son succès, garantit une audience internationale à sa musique. Une musique dont elle souligne l’« inspiration religieuse », et dans laquelle elle recourt volontiers à l’exploration sonore ou à la recherche de combinaisons insolites (Silenzio, 1991 ; Im Zeichen des Skorpions, 2003) déjà à l’œuvre au sein de l’ensemble Astrea dont elle fut la co-fondatrice.

Auteur d’un catalogue qui séduit tout à la fois par sa puissance expressive, son invention instrumentale et sa diversité, Sofia Goubaïdoulina a quitté sa patrie natale pour l’Allemagne, où elle réside près de Hambourg.

Découvrir en musique : Fachwerk

Née en 1942 à Lima (Pérou) mais new-yorkaise d'adoption, Meredith Monk suit les traces d'une mère chanteuse et musicienne qui lui enseigne le piano dès l'âge de quatre ans et partage son professeur de chant. Etudiante spécialisée dans les disciplines artistiques et en particulier la danse au Sarah Lawrence College, elle met en scène ses premières chorégraphies, And Sarah Knew (1962) et Timestop (1964), déjà remarquées pour leur originalité.
Partagée entre la danse, la musique et le chant grâce à son timbre de soprano léger sur trois octaves, Meredith Monk choisit d'embrasser toutes ces disciplines, séparément ou communément. Musicalement, son style marqué par une culture contemporaine s'inscrit dans un registre minimaliste (ce dont elle se défend) initié par Steve Reich, John Cage, Philip Glass ou La Monte Young, mais préfère citer le pianiste Henry Cowell et les American Mavericks (Harry Partch, Elliott Carter). 
Chorégraphe dans les années soixante, elle met en scène une dizaine de spectacles habillés par ses musiques ou celles d'autres compositeurs, de Claudio Monteverdi à Aaron Copland ou Bob Dylan. Intéressée par le cinéma, elle compose et réalise elle-même Ellis Island en 1981, puis Book of Days en 1988.
Au tournant des années 1980, Meredith Monk oriente son oeuvre vers un art basé sur la spontanéité vocale, aux confins de la musique contemporaine et du jazz. 
Considérée comme une compositrice majeure pour une élite d'amateurs, Meredith Monk poursuit ses ambitions avec l'opéra Atlas en 1993, Volcano Songs en 1997 et Mercy en 2002, chacun donnant lieu à un spectacle inédit.

Découvrir en musique : Impermanence - Skeleton Lines

Après avoir poursuivi des études d’Art et d’Archéologie et de Philosophie à la Sorbonne, Edith Canat de Chizy (née en 1950) obtient successivement six premiers prix au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, dont celui de composition, et s’initie à l’électroacoustique au Groupe de Recherches Musicales. 

Dans l’œuvre de cette violoniste de formation, qui comporte à ce jour plus d’une centaine d’opus, la musique concertante occupe une place de choix : Moïra, concerto pour violoncelle, primé en 1999 au Concours Prince Pierre de Monaco ; l’année suivante, Exultet, concerto pour violon créé en 1995 par Laurent Korcia, est nominé aux Victoires de la Musique ; Les Rayons du jour, concerto pour alto, est créé en février 2005 par Ana Bela Chaves et l’Orchestre de Paris dirigé par Christoph Eschenbach et dernièrement Missing, son deuxième concerto pour violon, créé par l’Orchestre National de France le 23 Mars 2017. Elue à l’Académie des Beaux-Arts en 2005, présidente en 2016, Edith Canat de Chizy est la première femme compositeur membre de l’Institut de France. 

Découvrir en musique : Times

Kaija Saariaho est née en 1952 en Finlande. Elle étudie les arts visuels à l’université des arts industriels d’Helsinki. Elle se consacre à la composition avec Paavo Heininen, à partir de 1976, à l'académie Sibelius où elle obtient son diplôme en 1980. Elle s’intéresse à l’informatique musicale à l’Ircam durant l’année 1982. Elle vit depuis à Paris. 

Le travail de Kaija Saariaho s’inscrit dans la lignée spectrale avec, au cœur de son langage depuis les années quatre-vingt, l’exploration du principe d’« axe timbral », où « une texture bruitée et grenue serait assimilable à la dissonance, alors qu’une texture lisse et limpide correspondrait à la consonance ». 

Son parcours est jalonné de nombreux prix qui couronnent ses œuvres les plus importantes.

Les années quatre-vingt marquent l’affirmation de son style, fondé sur des transformations progressives du matériau sonore, qui culmine avec le diptyque pour orchestre "Du cristal…à la fumée". La composition de "L’Amour de loin", opéra sur un livret d’Amin Maalouf, mis en scène par Peter Sellars, signe une nouvelle étape où les principes issus du spectralisme, totalement absorbés, se doublent d’un lyrisme nouveau. Plusieurs opéras suivront, dont "Only the Sound Remains" (2015), mis en scène par Peters Sellars et inspiré de deux pièces du théâtre Nô traduites par Ezra Pound, créé en 2016 à l'Opéra d'Amsterdam.

Son travail de composition s’est toujours fait en compagnonnage avec d’autres artistes, parmi lesquels le musicologue Risto Nieminen, le chef Esa-Pekka Salonen, le violoncelliste Anssi Karttunen (artistes finlandais tous issus du groupe « Korvat Auki ! » (« Ouvrez les oreilles ! »), collectif fondé dans les années soixante-dix à Helsinki, et auquel Saariaho collabora) ; la flûtiste Camilla Hoitenga, les sopranos Dawn Upshaw et Karita Mattila, ou encore, le pianiste Emmanuel Ax.

Découvrir en musique : Lanterna Magica

Née en 1990, Camille Pépin est l'une des compositrices les plus prometteuses de sa génération. Elle étudie au Conservatoire à Rayonnement Régional d'Amiens, puis au Pôle Supérieur de Paris où elle étudie l'Arrangement avec Thibault Perrine, et au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris où elle obtient cinq premiers prix : Orchestration, Analyse, Harmonie, Contrepoint, et Fugue et Formes. Elle apprend notamment auprès des compositeurs Thierry Escaich, Guillaume Connesson et Marc-André Dalbavie qui ont particulièrement marqué son parcours musical. 
Elle est lauréate de divers concours et distinctions : Concours de composition Ile de Créations 2015, Grand Prix Sacem Jeune Compositeur 2015, Prix du public au Festival Européen Jeunes Talents 2016, Prix de l'Académie des Beaux-Arts 2017, Trente Eclaireurs de Vanity Fair 2018. 
Ses oeuvres sont jouées par de nombreux orchestres, ensembles et interprètes, et elle est régulièrement compositrice invitée lors de festivals : Festival Présences, Festival Messiaen au Pays de la Meije, Festival d'Aix-en-Provence, Musiktage Mondsee, Les Grandes Heures de Cluny, Sinfonietta Paris, Festival international de musique de Besançon-Franche-Comté, Festival Présences Féminines, EuropArt, Festival européen Jeunes Talents ou encore au Concours Long-Thibaud-Crespin pour lequel elle écrit l'oeuvre contemporaine imposée aux candidats finalistes en 2018. 
Camille est lauréate de la Fondation d'Entreprise de la Banque Populaire. Ses oeuvres sont éditées aux éditions Jobert et Durand-Salabert-Eschig. Son premier album “Chamber music” est paru le 22 février 2019 (NoMadMusic). 

Découvrir en musique : teaser de l'album "Chamber music"


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